EVOLUTION PHYSIQUE DE L'ENFANT (2/4)
Par Thierry FABIANO

Attention : pour des raisons technique, certaines images de cet article ne peuvent momentanément être visible

Croissance et musculature

Le muscle squelettique de l'enfant est très semblable à celui de l'adulte. Les différences se situent principalement dans la quantité des sous-structures de la cellule musculaire (Buhl, Gürtler et Hâcker 1983).
Chez les enfants de 6 ans, la proportion des fibres musculaires de type ST est de 55,6 ± 8,5 % chez les filles, et de 62,1 + 14,2 % chez les garçons ; à 12 ans les filles possèdent 64,2 + 11 %, et les garçons 72,8 ± 11 % de fibres ST (Bell et col. 1980, Buhl, Gürtler et Hâcker 1983, 854). Jusqu'au début de la puberté, les garçons et les filles ont une masse musculaire à peu près semblable.

Age Filles Garçons
6 ans 55,6 ± 8,5 % 62,1 + 14,2 %
12 ans 64,2 + 11 % 72,8 ± 11 %


La proportion de muscles par rapport à l'ensemble de la masse corporelle est plus faible chez l'enfant que chez l'adulte et correspond à environ 27%. L'apparition de la puberté et les changements hormonaux qui l'accompagnent conduisent à une augmentation considérable de la masse musculaire et à la différenciation marquée des caractéristiques corporelles spécifiques au sexe.

A la puberté, la masse musculaire augmente jusqu'à environ 41,8% chez les garçons, et 35,8% chez les filles de la masse corporelle totale.

En ce qui concerne les capacités anaérobie et aérobies les enfants et les adolescents possèdent aussi, comparativement aux adultes, des caractéristiques différentes. La capacité anaérobie augmente très nettement avec l'apparition de la puberté, donc, il ne faut pas oublier que chez les enfants plus jeunes la production d'acide lactique est très limitée et qu'elle n'atteindra son maximum qu'entre 20 et 30 ans (Keul 1982). Il est donc important chez l'enfant de ne pas mettre l'accent sur des entraînements provoquant une forte acidose (voir les directives spéciales concernant la capacité anaérobie durant l'enfance.

Il est intéressant de constater que chez les enfants de 6 et 12 ans la capacité glycolytique des fibres musculaires FT est significativement supérieure chez les garçons (32-36 %) par rapport aux filles (20-22 %) (Buhl, Gürtler et Hâcker 1983).

La faible capacité glycolytique anaérobie des enfants est compensée par une plus grande capacité à utiliser le système énergétique aérobie (métabolisme oxydatif). La plus grande quantité d'enzymes oxydatifs par rapport à ceux de la glycolyse permet à la cellule musculaire de l'enfant d'utiliser plus rapidement les acides gras libres que ne le peut un adulte, et, ainsi, d'économiser les réserves de glucose (Breg, Keul et Huber 1980). Il a été démontré, pour appuyer ces faits, que les enfants ont un plus grand nombre de mitochondries (site des réactions biochimiques aérobie) que n'en ont les adultes (Bell, Mac Dougall, Billeter et Howald 1980).

Croissance et thermorégulation


La figure 134 montre les différences existant entre la thermorégulation des enfants et celle des adultes.



En valeur absolue, la surface corporelle de l'enfant est plus petite que celle de l'adulte, mais, en revanche, sa surface corporelle rapportée à son poids est d'environ 36 % plus élevée (Bar-Or 1983). Malgré sa plus grande superficie relative, l'enfant possède un taux de sudation inférieur à celui des adultes : bien que le système sudoripare des enfants soit complètement développé vers 3 ans, les enfants produisent moins de sueur que les adultes, tant en valeur relative qu'en valeur absolue (fig. 135).

Le nombre de glandes sudoripares actives est moins élevé chez les comparativement aux adultes. Ce n'est cependant pas particulièrement la quantité de glandes sudoripares actives qui est responsable de la faible sudation des enfants, mais plutôt la faible capacité de sécrétion de ces glandes : le taux de sudation par glande sudoripare est 2,5 fois plus faible chez l'enfant par rapport à l'adulte non seulement au repos, mais durant n'importe quel type d'effort. Bar 1983).

En outre, la sudation débute à une température centrale plus élevée chez l'enfant que chez l'adulte. Le seuil d'activité de l'hypothalamus (centre de la régulation de la température), qui en est une des causes, est plus élevé chez l'enfant.

L'enfant a besoin de plus de temps pour s'acclimater à un environnement très chaud et montre une moindre capacité de performance que l'adulte sous une forte chaleur : pour un même effort, la température corporelle de l'enfant s'élève plus rapidement en raison de sa plus faible capacité de refroidissement par sudation, limitant, par conséquent, sa capacité de performance.

En résumé, on peut dire que l'enfant a une capacité de thermorégulation plus faible que celle de l'adulte et qu'il est plus sensible à la température extérieure lors d'un effort

Croissance et développement du cerveau


La figure 35 montre que la croissance de la tête et du cerveau suit une courbe différente de celle de la croissance générale. Il est étonnant de constater la rapidité avec laquelle se développe le cerveau : à 6 ans, il atteint déjà 90-95 % de son volume adulte. En comparaison, le développement corporel général n'a pas encore atteint la moitié de sa valeur adulte.

Pour cette raison, il est important du point de vue moteur que les stimuli soient suffisants durant la petite enfance, afin que les structures du réseau nerveux puissent s'établir et donner plus de plasticité aux différentes zones cérébrales. Dans le cas où ces stimuli ne seraient pas suffisants, l'infrastructure cérébrale serait moindre, avec pour conséquence une maturation fonctionnelle moins développée (Pickenhain 1979).

En raison de la rapidité de développement du cerveau et de la grande capacité fonctionnelle dans le domaine de la coordination qui lui est liée (« l'équivalent sportif » du système nerveux central fonctionnant déjà de façon distincte), il faut mettre l'accent, avant tout, chez l'enfant, sur la construction optimale d'habiletés motrices et de techniques diversifiées, ainsi que sur l'élargissement de l'éventail des possibilités motrices de l'enfant et de son répertoire moteur (ou expériences motrices).

L'amélioration de la capacité physique se fait parallèlement ; toutefois, elle doit s'effectuer seulement dans la mesure où elle est nécessaire pour la construction des coordinations. Il ne faut pas chercher à développer la condition physique maximale durant l'enfance, mais plutôt la condition physique optimale.

A SUIVRE...