La première phase de la puberté, que l'on qualifie aussi de seconde phase de maturation morphologique, débute vers 11-12 ans chez les filles et vers 12-13 ans chez les garçons. Elle dure approximativement jusqu'à 13-14 ans et 14-15 ans respectivement. Un à deux ans avant que les signes particuliers au sexe apparaissent, l'hypothalamus commence déjà à fabriquer ce qu'on appelle le «Releasing Factor» qui agit sur l'hypophyse et qui déclenche la production d'hormones de croissance (GH) et d'hormones gonadotropes (qui règle les glandes sexuelles).
La libération des hormones sexuelles spécifiques provoque l'apparition des caractères sexuels primaires et secondaires ainsi que des modifications morphologiques typiques. Jusqu'à l'arrivée de la puberté il n'y a pratiquement pas de différence entre les filles et les garçons en ce qui concerne leur statut hormonal. Dans les deux sexes, les hormones de l'autre sexe sont également sécrétées, mais en faible quantité. C'est la corticosurrénale qui en est le site de formation. Peu avant l'apparition de la puberté, la production d'hormones sexuelles spécifiques s'accélère et alors apparaissent les premiers signes de dimorphisme sexuel, c'est-à-dire une différenciation entre les facteurs de la capacité physique ainsi qu'entre les caractéristiques morphologiques des filles et des garçons.
Durant la poussée de croissance pubertaire. On peut observer que les filles atteignent la puberté plus tôt que les garçons, soit entre 9 et 12 ans, les filles sont plus grandes que les garçons entre 10,5 et 13,5 et plus lourdes entre 10,1 et 13,8 ans (Gârtner et Crasselt 1976). C'est seulement plus tard que les garçons dépassent définitivement les filles en taille et en poids.
Chez le jeune garçon, durant la puberté, la sécrétion de testostérone (hormone responsable du métabolisme des protéines-anabolisme) augmente, ce qui contribue à l'augmentation de la masse musculaire et, parallèlement, de la force musculaire. Durant cette période, comparativement à la pré-puberté, la sécrétion de testostérone augmente de 10 fois chez le garçon (Reiter et Root 1975), ce qui fait passer la proportion de la masse musculaire de 27 % à 41,8 % en moyenne (chez la fille la masse musculaire est en moyenne de 35,8 %).
Les modifications brutales qui se produisent dans son existence physique, telles que l'installation de la sexualité, la disparition des caractéristiques propres à l'enfance, les modifications de proportions marquées (augmentations annuelles de la taille jusqu'à 10 cm et du poids jusqu'à 9,5 kg) causent une labilité psychique, largement alimentée par l'instabilité hormonale. La nouvelle existence corporelle doit alors être psychiquement intégrée.
Avec l'entrée dans la puberté, le détachement de l'influence parentale s'accentue. Le comportement critique et la remise en question de l'autorité en sont les caractéristiques. Le désir d'autonomie et de prendre ses propres responsabilités passe au premier plan. La discordance entre vouloir et pouvoir engendre parfois des conflits avec le monde des adultes, une prise de distance par rapport aux parents, aux enseignants et aux entraîneurs (pour les sportifs) et une propension accrue à s'attacher aux camarades du même âge. Le groupe du même âge est important. Une grande valeur est accordée à l'activité collective.
On exige de la part de l'environnement social, et c'est valable avant tout pour l'enseignant et pour l'entraîneur dans le domaine sportif, une certaine compétence et un respect mutuel. Le droit de s'exprimer démocratiquement et la coopération active dans l'organisation de l'activité sportive sont les revendications fondamentales de ce groupe d'âge. Les changements psycho-physiques et sociaux complets de leur existence produisent un bouleversement des intérêts, ce qui n'est pas sans conséquences sur le plan sportif. De même, les attentes par rapport au sport se modifient profondément.
Avec l'entrée dans la puberté, les intérêts sportifs diminuent brusquement. La participation aux activités sportives qui semblait « vitale » durant l'âge scolaire subit une forte pression concurrentielle et perd sa position privilégiée. Elle repose surtout sur le besoin de contact social avec des partenaires de même âge. La comparaison par l'intermédiaire de la compétition et les besoins de concurrence ont nettement diminué par rapport aux âges précédents.
Conséquences pour l'entraînement
La forte augmentation de la taille et du poids qui parfois détériore le rapport force/poids, est responsable, en bonne partie, de la diminution des coordinations spécialisées. La précision du contrôle gestuel diminue, les mouvements excessifs sont typiques à cet âge. D'autre part, la puberté, particulièrement dans sa première phase, représente la période où l'entraînabilité des déterminants de la condition physique est maximale. Ces données nouvelles exigent une orientation correspondante de l'entraînement. Dans la première phase pubertaire, les qualités physiques sont améliorées en priorité, ensuite on cherchera à stabiliser les coordinations et, si possible, à les améliorer progressivement.
Le niveau intellectuel plus élevé à cet âge permet une nouvelle forme d'apprentissage gestuel et de l'entraînement en général. Connaissant le vaste éventail des attentes de l'adolescent à cet âge, il faut accorder davantage d'importance à sa participation à la programmation, à son auto réalisation au sein du groupe et lui laisser une plus grande part de décision dans le choix de l'entraînement (apprentissage, exercices, jeux) en individualisant sa conduite. Les conflits latents doivent être éclaircis franchement sans tergiversation. Lors du dosage des charges d'entraînement, il faut tenir compte de l'instabilité de la motivation de l'adolescent. La première phase de, la puberté est une période de restructuration. Les erreurs commises dans la programmation des charges d'entraînement et avant tout dans les rapports avec les adolescents, sont les premières causes d'abandon de l'activité sportive par un nombre non négligeable d'entre eux, au moment où les stimuli d'entraînement sont particulièrement efficaces. C'est la difficile tâche de l'entraîneur que de maintenir intacte la motivation de « ses protégés », de la stabiliser et de résoudre les situations de conflit par une intervention pédagogique appropriée. Ceci pourra se réaliser par une conduite prudente, qui respecte l'autonomie et les attentes de l'adolescent et en dosant l'entraînement en fonction des capacités individuelles.
C'est le second grand changement morphologique Une amélioration brusque de la condition physique ajoutée à une accélération irrégulière du processus de croissance va de pair avec une réadaptation des capacités de coordination. Il faut donc restreindre provisoirement l'acquisition de mouvements complexes, puisqu'il y a souvent défaillance de la maîtrise du mouvement, stagnation du développement moteur. Par contre, il faut consolider et améliorer les acquis.
L'équilibre des proportions corporelles, la stabilisation psychique, l'élévation du niveau intellectuel et l'affinement de la capacité d'observation font de l'adolescence un «deuxième âge d'or » de l'apprentissage. L'augmentation de la capacité physique et psychique permettant de supporter de plus grandes charges d'entraînement et la grande plasticité du système nerveux central, typique de toute la période de la croissance, permettent de soutenir un entraînement volumineux et intense. L'adolescence doit être la période privilégiée pour le perfectionnement de la technique et pour l'acquisition de toutes les qualités physiques spécifiques à une discipline sportive.
2.2.9. Conclusions sur l'organisation de l'activité sportive et sur la capacité d'effort durant l'enfance et l'adolescence
Les modalités de l'effort et de la capacité à fournir un effort par les enfants et les adolescents ne doivent pas être vues comme une réduction quantitative optimale de la capacité des adultes. Chaque étape comporte ses propres tâches didactiques spécifiques et ses propres particularités de développement. La proportion des stimuli d'entraînement et d'apprentissage doit se régler en fonction des phases sensibles du développement. La phase de pré-puberté doit être consacrée avant tout à l'amélioration de la capacité de coordination et à l'extension du répertoire moteur, alors que durant la puberté c'est la condition physique qui doit être privilégiée. Cependant, il faut préciser que la coordination (technique) et la condition physique doivent être développées parallèlement tout en gardant à l'esprit qu'il peut y avoir une prédominance de l'une par rapport à l'autre, selon les objectifs de l'entraînement.
ENTRAINEMENT DE LA CAPACITE DE COORDINATION
La capacité de coordination - synonyme d'adresse - est déterminée par les processus de contrôle et de régulation du mouvement. Elle permet de maîtriser des actions prévisibles (stéréotypes) ou imprévisibles (adaptation).
On distingue :
* La capacité de coordination générale, résultat d'un apprentissage moteur polyvalent permettant d'accomplir des tâches motrices de manière inventive.
* La capacité de coordination spécifique, développée dans le cadre de la discipline sportive considérée et permettant de varier les combinaisons techniques propres à cette pratique.
L'entraînement généralisé de la capacité de coordination est complexe ce qui nécessite une identification et une hiérarchisation de chacune de ses composantes individuelles qu'il convient de développer systématiquement et efficacement.
Quelles sont les sept composantes essentielles pour le développement de la performance sportive ?
? la capacité de combinaison : être capable de corréler les différentes parties du corps, par exemple les extrémités ou la tête avec le reste du corps.
? la capacité d'analyse : atteindre un haut degré d'harmonisation entre les différentes phases d'un mouvement, ce qui permet la précision et l'économie dans l'exécution du geste. Ex : le maniement de la balle, la perception de l'eau, de la neige.
? la capacité d'équilibre : maintenir ou rétablir le corps en équilibre malgré un déplacement. Se cultive très tôt et doit être travaillée, sinon frein à la performance et risque de blessures.
? La capacité d'orientation : déterminer et modifier la position du corps dans l'espace et le temps, en fonction du terrain et/ou de l'objet en mouvement (ballon, adversaire, partenaire). C'est la notion de «timing» et de vision périphérique en sports-co.
? La rythmicité : capacité de saisir et de reproduire un rythme ; c'est une capacité qui s'enü2Clne dans toutes les activités sportives individuelles ou collectives.
? La capacité de réaction : réagir au bon moment à un signal donné. Ex : le départ en sprint mais aussi d'une manière plus complexe dans les grands jeux sportifs.
? La capacité de réadaptation (réajustement) : transformer l'action motrice en cours pour l'adapter à une situation nouvelle ou la continuer sous une forme nouvelle ; nécessité de développer les capacités de réaction et d'anticipation.
LES TROIS CAPACITES GENERALES DE BASE
Toutes trois sont en interaction réciproque :
? la capacité d'apprentissage moteur : apprendre un mouvement, enregistrer l'acquis et s'y référer en fonction de la situation. C'est la réception de l'information, son traitement et son stockage.
? la capacité de contrôle moteur : fondée sur les informations venant de l'appareil kinesthésique, l'orientation spatiale et l'équilibre
? la capacité d'adaptation et de réadaptation motrice: dépendant des deux capacités précédentes, elle ne peut s'exercer à plein que si un bagage suffisant d'expériences motrices est disponible.
INFLUENCE DES FACTEURS PHYSIQUES SUR LA CAPACITE DE COORDINATION
La capacité de coordination n'existerait pas sans les facteurs physiques déterminant la performances. Un minimum de force est nécessaire pour avoir de l'adresse, une certaine vitesse permet de résoudre le problème posé par un changement de situation , il faut également de la mobilité pour s'ajuster aux nouvelles exigences. Enfin, sans endurance, une fatigue prématurée provoque l'imprécision du mouvement
METHODES ET CONTENUS DE L'ENTRAINEMENT DE LA CAPACITE DE COORDINATION
L'expérience motrice du sportif, «son répertoire moteur», ainsi que la maîtrise de nouvelles habiletés gestuelles jouent un rôle prépondérant dans l'entraînement de la capacité de coordination. D'où la nécessité d'un choix minutieux des contenus et des moyens d'entraînement :
- généraux : afin d'améliorer la valeur générale de la capacité de coordination conditionnant l'amélioration de l'adresse du sportif
- spécifiques, en étroite relation avec la compétition et exigeant une maîtrise affinée de la technique correspondante.
| METHODOLOGIE |
EXEMPLES D'EXERCICES |
| Variation dans le déroulement du mouvement |
Sauts avec flexion des jambes, avec les jambes écartées ou lancées en mouvement avant Exercices contrecarrant le déroulement des exercices corporels Exercices avec changement de tempo et de rythme |
| Modifications des conditions extérieures |
Exercices en terrain modifié, avec des appareils ou des partenaires. Agrandir ou diminuer la surface d'appui |
| Combinaisons d'habiletés motrices |
Lier différents éléments gymniques Combinaisons de jeux |
| Exercices limités par le temps |
Exercices de réaction. Course d'obstacles limitée par le temps |
| Variations dans la prise d’information |
S'équilibrer en regardant vers le haut, la tête inclinée, ou les yeux fermés
S'exercer devant un miroir
Effectuer des mouvements précis avec des informations supplémentaires Objectives
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| Effectuer des exercices après un effort |
Effectuer des exercices compliqués à la fin d'une séance d'entraînement effort
Exercices d'équilibres après plusieurs roulades ou rotations rapides
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Naturellement, il y a interaction entre méthodes d'entraînement générales et spécifiques, d'où il n'est pas nécessaire d'établir une distinction rigoureuse entre elles.
La représentation gestuelle étant primordiale dans l'apprentissage de toute nouvelle habileté gestuelle, les méthodes de représentation du mouvement ont une grande place dans l'entraînement :
- méthode d'information visuelle : essentielle pour le débutant car c'est le seul moyen de compréhension pour lui.
- méthode d'information verbale : permet de préciser l'information visuelle soit en la précédant soit en l'accompagnant.
Il convient également de varier et de combiner les exercices afin d'améliorer la capacité de coordination : cf. tableau ci-dessus.
A titre d'exemple :
- variation de la position initiale : départ couché en sprint, rotations tronquées en disque.
- variation du mode d'exécution.
- variation de la dynamique du mouvement par l'emploi d'engins de poids ou taille variés
- variation de la structure spatiale du geste : réduction des espaces de jeu.
- variation des conditions extérieures : sol différent, vent soleil...
- variation de la réception d'information : dos tourné à la balle, la recevoir à un signal donné.
- accélération forcée : sur pression renforcée de la défense, conserver la balle.
CONTENUS D’ENTRAINEMENT
- GENERAUX :
Petits jeux et sports collectifs, permettant un dosage progressif des difficultés de coordination motrice; obligation de résoudre des problèmes spatiaux inhabituels.
Sports duels : l'opposition directe exige non seulement un maximum de coordination mais aussi de bonnes conditions physiques.
Gymnastique, trampoline, plongeon : utiles car permettant une progression des degrés de difficulté des éléments et des enchaînements.
- SPECIFIQUES:
Attention au choix des exercices spécifiques qui doivent peu modifier le déroulement normal du mouvement mais demander des corrections adaptatives.
TESTS ET EXERCICES DE CONTROLE
La capacité de coordination n'est pas aisée à contrôler ; on essaye de le faire en employant des tests généraux sortant du cadre de la discipline sportive ou des tests spécifiques à l'activité donnée.
- Test généraux : à titre d'exemple, le parcours d'obstacles déterminé à l'avance et reconnu par un essai préalable. Chronométré inconnu et couvert librement : trajet et solutions motrices librement choisis. Chronométré.
- Tests spécifiques :mesure objectif de l'adresse du sport donné.
(chaque entraîneur peut imaginer un parcours-test chiffré qu'il répétera à intervalles réguliers)
ENTRAINEMENT DE LA CAPACITE D'ENTRAINEMENT A LONG TERME
Règle de base : L'entraînement de la coordination passe avant celui de la condition physique
L'enfance est l'âge le plus favorable à l'apprentissage et celui de la coordination doit se situer au premier plan.
PRINCIPES METHODOLOGIQUES
? La capacité de coordination se développe surtout par des moyens complexes.
? Le développement optimal est atteint suivant le principe de la variation et de la combinaison des différentes méthodes.
? Parallèlement, l'acquisition et la pratique des techniques sportives permet l'amélioration des fonctions de coordination.
? L'entraînement des capacités de coordination motrice doit commencer le plus tôt possible car les processus d'assimilation tendent à se détériorer avec l'âge.
? L'entraînement de l'adresse ne doit pas être pratiqué en état de fatigue.
EN GUISE DE CONCLUSION
? La mise au point différenciée de chacune des composantes de la capacité de coordination, aux différents âges, est conditionnée par le fait qu'il faut profiter des phases de développement intensif
? Une expérience motrice diversifiée diminue le temps d'apprentissage et rend plus efficace le processus d'entraînement en ce qui concerne l'affinement de nouvelles techniques motrices et de nouvelles techniques sportives. Il faut donc accorder une grande place au développement d'un vaste répertoire moteur.
? On ne saurait débuter trop tôt l'entraînement de la capacité de coordination. Elle s'inscrit en effet à la base de toutes les capacités d'apprentissage moteur dans la suite de l'évolution.
? La capacité de coordination ne peut se développer que sous le signe de la complexité, de la variabilité et de la continuité. Il faut prendre garde toutefois à ce que l'entraînement soit adapté à l'âge des enfants, en exploitant notamment la forme des petits jeux sportifs
PUBLICATIONS EN FRANÇAIS:
- Biologie du Sport Editions (Vigot).
- Manuel d'entraînement ( Vigot).
- Anatomie fonctionnelle du sport (Masson).