EVOLUTION PHYSIQUE DE L'ENFANT (1/4)
Par Thierry FABIANO

Thierry est entraîneur de L'US 14eme de Marseille et titulaire du diplome européen de préparation Physique en sports collectifs.

Cet article est la première partie d'une étude réalisée par Thiezrry Fabiano qui portera sur l'évolution physique de l'enfant (parties 1 et 2) et sur l'entraînement de l'enfant et de l'adolescent (parties 3 et 4) à partir des éléments posés dans les 2 premières parties.


1. BASES GÉNÉRALES

Définition des concepts «âge» et «vieillissement» Limite d'âge biologique

Le concept "âge" est utilisé dans la littérature de la gérontologie dans des contextes et des sens différents. On distingue l'âge chronologique, l'âge biologique, l'âge psychologique, l'âge social et l'âge fonctionnel (Singer 1981).

L'âge chronologique (celui du calendrier) ne fournit en tant que notion neutre, applicable en statistique, qu'un ordre d'information général dans le sens d'une cellule numérique dans laquelle chaque individu est classé selon sa date de naissance. Cependant, l'âge chronologique n'exprime souvent pas l'âge biologique d'une personne.

L'âge biologique (ou l'âge individuel) est décrit comme l'âge qu'un organisme présente sur la base de la qualité biologique de ses tissus comparée aux valeurs normales. Il dépend des processus de maturation biologique et d'influences exogènes.

L'âge psychologique repose sur la capacité d'adaptation individuelle, sur les réactions subjectives et l'image propre d'un individu. Il peut cependant être également considéré sous les aspects de l'âge de performance, de la somme d'expériences, et de la maturité d'esprit (Bôcher 1969).

L'âge social ou sociologique est fortement déterminé par la structure de la société considérée. Ainsi, le même individu peut-il être classé parmi les jeunes dans certains cas, ou parmi les vieux dans d'autres circonstances à l'intérieur de la même société (Bôcher 1969).

La recherche de l'âge fonctionnel représente une tentative pour réunir les âges biologiques, psychologique et social en un seul et ainsi déterminer l'âge réel. La classification dans un âge fonctionnel donné (enfance, vieillesse) implique donc en même temps une capacité fonctionnelle déterminée. Enfin, la notion d"âge" est également souvent utilisée pour décrire la dernière partie de la vie.



2. FONDEMENTS GENERAUX DE LA BIOLOGIE APPLIQUEE AU SPORT CHEZ L"ENFANT ET L"ADOLESCENT


«L’enfant n’est pas un adulte en miniature et sa mentalité n'est pas quantitativement, mais aussi qualitativement différente de celle de l’adulte, si bien que l'enfant n'est pas seulement plus petit, il est aussi différent» (Claparède, 1937)

L'une des différences fondamentales entre l'enfant ou l'adolescent, et l'adulte tient au fait que les premiers sont encore en période de croissance et que leur organisme subit encore un grand nombre de transformations tant physiques, psychiques que psycho-sociales, qui ont de très grandes influences sur leurs activités corporelles, sportives et sur leur capacité d'effort.


Particularités liées à la croissance : conséquences pour la capacité d'effort physique et psychologique Croissance et taille, proportions corporelles.

L'augmentation de la taille n'est pas linéaire, mais procède plutôt par poussées plus prononcées à certaines périodes de la croissance. Il en va de même pour ce qui est du poids ou du développement d'un organe en particulier.

La vitesse de croissance est la plus importante durant la première année ; puis elle diminue rapidement durant la petite enfance, pour se stabiliser durant la période préscolaire et rester relativement constante jusqu'au début de la puberté. A la puberté, on assiste à une poussée de croissance et une forte augmentation de la taille. L'arrêt de la croissance se produit lorsque les cartilages de conjugaison (cartilages épiphysaires) sont ossifiés, c'est-à-dire, en général, 2 à 3 ans après la puberté.

Lorsque le développement est dit normal, l'âge chronologique et l'âge biologique concordent. Pour les sujets dont le développement est précoce (accéléré), le déroulement des événements reliés à la croissance est en avance d'une ou de plusieurs années par rapport au déroulement normal. Chez les sujets tardifs, le retard peut être d'une ou de plusieurs années.


Croissance et métabolisme

Chez l'enfant qui grandit, le «métabolisme de construction» joue un rôle très particulier, parce que les processus de croissance et de différenciation intensifs, qui imposent un grand nombre de constructions et de remaniements des structures existantes, contribuent à élever le métabolisme de base : chez l'enfant, le métabolisme de base est de 20 à 30 % supérieur à celui de l'adulte (Demeter 1981). De plus, les besoins en vitamines, minéraux et aliments sont augmentés. C'est plus particulièrement les soins en protéines qui sont les plus hauts : les enfants ont besoin de 2,5 g/kg de leur poids corporel en protéines, ce qui correspond aux besoins des sportifs adultes entraînés dans des épreuves de force. Des efforts supplémentaires peuvent encore accroître ces besoins chez l'enfant.

Durant des activités corporelles ou sportives, où le volume et l'intensité des charges sont très grandes, comme, par exemple, dans des activités sportives où des performances de haut niveau sont produites durant l'enfance (patinage artistique, gymnastique, etc.), le processus métabolique (catabolisme) nécessaire à la fourniture d'énergie durant l'entraînement et la compétition peut éventuellement prédominer sur le métabolisme de construction (anabolisme) et entraver la croissance ou, tout au moins, diminuer la capacité de fournir un effort. Des périodes de récupération suffisantes sont donc particulièrement importantes pour les enfants et les adolescents.


Croissance et appareil locomoteur passif

La loi de «Mark Jansen» (Berthold et'Thiebach 1981) établit que la sensibilité des tissus est proportionnelle à la vitesse de croissance. L'enfant ou l'adolescent est donc plus particulièrement exposé aux dangers de blessures dues aux charges d'entraînement excessives et anti-physiologiques. Cette fragilité apparaît surtout durant la poussée de croissance pubertaire qui crée un réel danger de lésions de surcharge orthopédiques. Cependant, au même âge chronologique ou biologique, la réalisation d'un effort peut être supportée différemment d'un sujet à l'autre. La figure 132 montre clairement qu'un effort donné peut avoir des effets « bio positifs » ou « bio négatifs » selon la situation orthopédique initiale du sujet.



La capacité de l'appareil osseux, cartilagineux, tendineux et ligamentaire à supporter un effort est un facteur limitatif dans l'entraînement de l’enfant et de l'adolescent, car les structures du système locomoteur en pleine croissance et n'ont pas encore la résistance de celles des adultes.


Certaines particularités sont propres à l'enfance et à l'adolescence :

- les os sont plus souples en raison de la plus grande proportion de matériaux organiques relativement mous. Cependant, leur résistance à la traction et à la pression est moindre que celle des adultes ce qui limite la capacité de l'ensemble du système squelettique à supporter des charges élevées.

- les tissus tendineux et ligamentaires ne sont pas encore assez résistants à la traction, car leur structure micellaire est peu marquée (les micelles forment des structures semblables à des réseaux cristallins), et ils présentent. Une plus grande proportion de tissus intercellulaires ; en raison de leur rythme de division lié à la croissance, les tissus cartilagineux et, plus précisément, les cartilages de conjugaison qui ne sont pas encore ossifiés présentent un risque de blessure très élevé lorsqu'ils sont soumis à de fortes pressions ou à des forces de cisaillement élevées.

Dans l'ensemble, on constate qu'un effort sous-maximal, adapté à la croissance, diversifié, ne sollicitant pas unilatéralement l'appareil locomoteur, représente un stimulus approprié tant pour la croissance que pour l'amélioration des structures. Des efforts unilatéraux, maximaux ou exécutés sans préparation durant la croissance peuvent, en revanche, provoquer à plus ou moins long terme (blessures à retardement) la destruction des tissus concernés.

Il faut également mentionner, en rapport avec ce qui a été dit précédemment, que les structures de l'appareil locomoteur passif de l'enfant et de l'adolescent s'adaptent bio positivement à des charges adéquates ; cependant, la vitesse de cette adaptation n'est pas comparable à celle de l'appareil locomoteur actif : alors que dans les muscles on peut déjà observer des modifications fonctionnelles et morphologiques une semaine après un stimulus d'entraînement, dans les os, les cartilages, les tendons et les ligaments, ces changements ne sont apparents qu'après plusieurs semaines d'entraînement. Cette adaptation lente associée à une plus grande sensibilité de l'organisme aux surcharges, en raison de la croissance, exige que les enfants effectuent une progression rigoureuse dans le dosage de la charge afin d'assurer aux structures passives supportant le mouvement une période d'adaptation suffisamment longue et afin de ne pas dépasser les limites de l'organisme et d'éviter ainsi les accidents qui en sont la conséquence (Weineck 1982).


La figure 133 montre que le temps de récupération de l'appareil locomoteur passif est lent et que des efforts subséquents trop précoces peuvent conduire à une récupération incomplète et, par conséquent, augmenter les risques de blessures pour les structures concernées.


Figure 133 : Déroulement temporel hypothétique des processus de récupération et d'adaptation du système musculaire (a), des systèmes de soutien et de liaison (b), ainsi qu'après récupération incomplète (c) (Dietrich 1979, modifié d'après Mateer, dans Berthold/Thierbach 1981).

A SUIVRE ...